Le livre "Rizü Takahashi" 2011

                          couverture 800

 Texte bilingue en  français et  en Japonais, bilingual : french and Japanese.     

 Extrait :

                    "Gratitude.

          Environ 50 années se sont écoulées depuis que j'ai décidé de faire de ma vie une « succession quotidienne d'émotions ».

J'atteins mes soixante-dix printemps et j'ai enfin l'impression de terminer mon adolescence et que cette année marque une étape. A cette occasion, et grâce à l'aide de nombreuses personnes, pouvoir publier un recueil, principalement dédié au fruit de mon travail de ces deux dernières années, représente pour moi quelque chose d'inespéré. Sans vraiment trouver les mots à mêmes d’exprimer ma reconnaissance, je suis simplement comblé."

 

                                                   4 800      

                                                   28 800

                                                   10 800

Cet album de photos (64 pages) A4 est une auto-édition franco-japonaise. Son prix est de 35 €. 

This photos'book (64 pages) A4 is French/japanese edition. Price : 35 €.                     paypal_logo

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                     Logo revue Céramique et verre 500 Novembre/Décembre 2012

    Rizü Takahashi, le Samouraï de la céramique

 

Rizü Takahashi, céramiste réputé au Japon et dans le monde pour ses cuissons au bois et ses shinos, est  encore peu connu en France, alors qu’il est installé dans la région toulousaine depuis 7 ans. Une exposition personnelle lui est consacrée à Dieulefit et il sera l’une des vedettes de l’exposition des bols du Lavoir.  Visite d’atelier lors de son 9e défournement.

 Tout est inattendu chez le japonais  Rizü Takahashi : le lieu, le personnage, l’œuvre.  Cela commence avec l’atelier. Plusieurs images contradictoires défilent : à certains moments, un terroir viticole traditionnel, le Frontonnais, avec ses vieux villages aux maisons basses et aux volets fermés, vidés par la chaleur écrasante de l’été, à d’autres moments, une succession  de pavillons  sans grâce,  aux jardins  toujours en chantier. Toulouse est  à une vingtaine de kilomètres mais la présence de la ville, avec tout ce qu’elle entraine d’ingrat, est  trop visible pour que l’on cède à l’élégie. Le basculement commence avec  le chemin de terre qui conduit à la maison, la dernière, adossée à un petit bois.  On entre dans l’univers de Rizü : un jardin presque comme les autres, sauf que toutes les constructions sont en bois, l’atelier,  la maison de thé,  l’habitation principale,  sauf aussi, cette baleine de terre échouée sous un abri de tôles, le four anagama.

Un lutin jovial bondit d’on ne sait d’où. Nous sommes loin du cérémonial nippon. Tout en Rizü exprime l’énergie,  ses gestes rapides, son regard décidé, son  autorité. C’est que Rizü est un homme d’action qui s’est engagé dans les aventures de son temps. Rizü, né en 1941 dans la région d’ Hiroshima est un fils de lettrés. Dès sa jeunesse, il oscille entre les traditions japonaises, la modernité et l’attrait de l’occident .Dès 18  ans, il s’initie à l’apprentissage traditionnel de  la céramique et à d’autres formes d’expression comme le dessin, chant ou le théâtre. Mais, à l’université, il étudie la littérature anglo-saxonne. Après  ses études, il devient moine bouddhiste zen Soto pendant 4 ans,  tout en mettant en scène des pièces de théâtre d’avant-garde, sous la forme poétique du Shi-Gheki. Puis, fondant une famille, il opte pour le cinéma et  le marketing.  Il écrit des scénarios et réalise des films publicitaires pour  les entreprises  et même le monde politique. Il dirige, un certain temps, une troupe de Nô en l’abordant dans un esprit de recherche d’avant-garde.

La conversion à la céramique à trente neuf ans

 La terre se rappelle à lui  lors d’ une rencontre avec Tokuro Kato (1897-1985), un des géants de la céramique japonaise du XXème siècle, restaurateur  des styles de l’ère Momoyma , oribé,  shino et surtout ki-seto , le jaune d’or, pour lequel , il reçut le titre de trésor national vivant qu’il refusa. Rizü a 39 ans. C’est un choc : « tout ce que j’avais fait jusque là s’est effacé ». Et lui revient alors, la révélation qui l’avait saisi à l’âge de 21 ans, un jour où il avait eu « la sensation de quitter la terre et de voyager dans l’univers ». Il avait  ressenti et ressent toujours la perfection de l’univers. Son engagement a pour but « de partager ce sentiment avec les autres à travers la céramique ». Après deux ans d’expectative, en 1983, il franchit le pas et se lance dans les cuissons  au bois avec un four anagama  qu’il construit à Nagano.  C’est avec  Genshitsu  Sen,  maitre de thé né en 1923, chef de la 15e génération de la famille Urasenke, l’une  des 3 familles  gardiennes des traditions de la cérémonie du thé instaurée par Sen no Rikyü, qu’il se forme à la cérémonie du thé.

 Son approche  de la céramique s’appuie sur une vision globale du monde. Rizü parle de Wabi Sabi qui littéralement évoque la perte, définive  (wabi) ou temporaire (sabi). L’acceptation des imperfections ou du vieillissement du monde conduit à la simplicité. De même, ce qu’on ne voit pas stimule notre imagination. L’effet de la  lune est plus fort si elle est en partie cachée, que si, pleine et sans obstacle, elle s’offre frontalement à nos regards. Cette conception aborde aussi les rapports de l’homme avec la nature. Pour Rizü, l’homme est un  des éléments de  la nature, «  je suis une fleur, je suis la forêt ».  Cette philosophie,  qui est une forme  de foi, même si  elle n’est pas de nature religieuse,  confère à la création artistique  une dimension spirituelle. Elle ne garantit pas, à elle seule, le talent, mais elle donne à l’acte créatif et aux objets créés un sens  et une profondeur particuliers.

Rizü a choisi la cuisson au bois «car la terre semble beaucoup plus se réjouir d’être cuite au bois ». Les différents éléments de l’argile  sont révélés par le bois comme par aucun autre combustible.  Il reconnait ce qu’il doit à la tradition japonaise,  notamment à l’esprit de simplicité Momoyama,  tout en sachant qu’il est un homme d’aujourd’hui et qu’il interprète la tradition en contemporain.   

 Le Tama Zukuri consiste à commencer par modeler l’extérieur de la terre

 C’est  en 2004 que Rizü  s’est installé en France, au moment de son mariage avec Mercedes Pujol, à la suite de plusieurs voyages. Il avait 63 ans, une longue pratique et plus de 20 ans d’activité céramique et d’expositions au Japon. Il était déjà maitre de thé. C’était donc un artiste en pleine maturité qui choisit la France pour poursuivre sa carrière. Deux ans s’écoulent pour préparer et construire le four anagama et l’atelier. Pendant ce temps, Hervé Billard et Pascal Geoffroy lui offrent l’hospitalité de leurs fours. Ici à Villaudric, chez lui et Mercédès, dans ce grand four anagama, la première cuisson a eu lieu en 2006. Il cuit tous les six mois. Il vient de terminer sa 9e cuisson.

Les œuvres de Rizü sont des sculptures qui ont la forme d’objets utilitaires. Elles doivent  remplir la fonction pour laquelle elles  ont été modelées !  Mais elles sont aussi plus que cela et cette double identité est  l’essence de la céramique. Vases à Ikébana, bols, pot à eau et théières pour la cérémonie du thé, plats de présentation. Si l’on écoute Rizü, c’est le feu qui  dessine les couvertes en fixant les fumées et les cendres. En fait, il sait ce qu’il fait, il maitrise les cuissons et le choix  des emplacements.

Ces pièces sont des sculptures, car leur caractère leur est donné par leur forme faite d’arrêtes, de facettes, de  brusques ruptures, de lèvres effilées  ou de violentes griffures.  La terre exprime sa puissance martiale et les entailles enregistrent le mouvement. Les formes sont musclées. Il n’y pas d’épaisseur inutile, du muscle mais pas de graisse. D’ailleurs, les pièces sont plus légères que ne laisserait penser leur  allure altière. La technique de Rizü est le Tama Zukuri, littéralement le bol fabriqué. Elle est l’inverse du travail au tour. Elle consiste à travailler d’abord l’extérieur de la motte de terre, à la trancher et à la balafrer, pendant qu’elle est entière, à grands coups de sabre comme les gestes des Samouraïs. Le bloc est ensuite creusé, ce qui permet de l’amincir sans  perdre la vigueur extérieure. L’atelier comporte néanmoins un tour sur lequel Rizü tourne assis, certaines pièces, notamment des bols pour la cérémonie du thé. Les chawan sont des intercesseurs. Lorsqu’il les fabrique, le maître « voit l’univers ».

Ce qu’il exprime, c’est sa vision de l’univers, c’est sa conception de la simplicité, c’est sa façon de rendre heureuse la terre.  Sa singularité tient à une plastique où la ligne et les aplats dominent les courbes et  les rondeurs. Rizü déshabille la terre. Ainsi dépouillée, ainsi libre, la terre, tendue comme la corde d’un arc, vibre de toute sa force intérieure.  Rizü est japonais, sa philosophie est japonaise. Il ne cherche pas à le prouver par des clins d’œil anecdotiques. Mais son  déracinement le libère des formalismes de sa patrie. Il est libre d’aller au bout de ses pulsions. Ses grès, ses shinos, auxquels il revient à intervalles réguliers,  pourraient – ils être européens ? En tout cas,  ils ne sont pas ceux qu’il fabriquerait au Japon. Les terres ne sont pas les mêmes, mais Rizü a l’impression  d’arriver  « maintenant à faire sourire la terre française ». Pour lui, ce qui compte, c’est l’esprit. Il revendique l’universalité de son expression.  C’est en cela qu’il porte la tradition japonaise à un haut degré de modernité. C’est en cela que sa présence en France ouvre de nouvelles pistes.

A l’entrée de l’atelier, figure  une calligraphie japonaise comme message de bienvenue. C’est une locution  de la philosophie zen qui se prononce  «Kissa Ko » et veut dire « Voulez vous prendre un thé avec moi avant de partir ? ». Il y a une interprétation plus métaphysique que préfère Rizü, « si vous avez des soucis ou du chagrin, si vous le voulez, ouvrez votre esprit et  je parlerai avec vous ».

Chagrin ou pas,  oui,  Rizü, je veux parler avec vous et ressentir le bien-être du thé dans son bol.  

Bernard Bachelier