le shino    

      

Actuellement, il est possible de trouver sur internet beaucoup de choses, plus savantes les unes que les autres, au sujet du shino. Pour ses étudiants, Rizü Takahashi, avec son habituelle grande simplicité, leur en a parlé de la façon suivante.        

 

 La céramique, comme les autres arts, doit être l’expression de son époque, de son temps.

                                          shino Rizü Takahashi France 2012 1000 

                               Chawan shino Rizü Takahashi France 2012

 

 Quand et où est apparu le shino ?

 

A la fin du 16ème, début 17ème siècle, au Japon, il n’y avait pas de céramiques blanches. Les Shoguns, qui finançaient les maîtres de thé, faisaient venir des céramiques blanches de la Chine et de la Corée. Après quelque temps, ils ont demandé aux potiers japonais locaux d’imiter ces céramiques immaculées.

 

Certains potiers de l’île de Kyoshu acceptèrent. Ils ramenèrent au Japon des potiers coréens pour leur apprendre cette technique.

 

Dans la région de Mino, les potiers refusèrent cette technique d’importation. Ils trouvaient ce blanc trop fade, pas intéressant, manquant de profondeur. Ils refusèrent les fours rapportés faits par les coréens et mirent au point leur propre technique favorisée par le fait qu’ils avaient sur place une terre blanche parfaite pour çà.

C’était une terre aussi solide, dure que des rochers. Suite à l’empilement des couches géologiques, apparaissaient des petites tranches de terre différentes colorées en orange par la présence de fer. Ces traces orangées sur la pierre blanche dessinaient naturellement des motifs comme des têtes de démons.Ces tranches furent vite appelées « Les planches du démon ».

 

Les potiers de Mino inventèrent un assemblage de cette terre blanche avec cette couche de terre où apparaissait des dessins. Ils rajoutèrent le felspath. Ainsi était né le shino de Mino : blanc avec des dessins. Ces potiers artisans, non pas artistes, y arrangèrent des dessins d’oiseaux ou de fleurs.

    1  Bol shino période Momoyama 1573-1603 300 2 Chawan shini hashi mon céramique Mino 16 ème siècle3 shino tea bowl Momoyama period museum Toki

1 - Bol shino période Momoyama 1573 - 1603

2 - Chawan shino hashi mon. Céramique Mino 16 ème sciècle

3 - Chawan shino Momoyama period Museum Toki

 

 Actuellement, cette terre blanche est épuisée, mais malgré le felspath importé, on continue de le nommer « le felspath de Kamado ».

 

A l’époque, le felspath était pilé dans des moulins à eau. Le résultat était formé des petits grains allongés et pointus, pas arrondis comme ce qu’on trouve actuellement. Cette technique donnait beaucoup de profondeur au shino un peu comme celle de la peau. En comparaison, le pilage moderne du felspath est plus dans la superficialité.

Les premières poteries blanches en shino sont donc apparues dans la région de Mino.

 

Le Japon est un pays chaud et humide en été (jusqu’à 90% d’eau dans l’air). Il a une culture humide. C’est à l’opposé de la Chine qui a une culture sèche. La nourriture chinoise, avec beaucoup de gras contrecarre la sécheresse de l’air.

 

Les bols et assiettes du quotidien japonais sont adaptés à leur environnement humide.

 Dans la région de Mino, tout le monde se mit à utiliser cette technique de shino. Cela a duré quelques temps, puis, d’autres techniques sont apparues et le shino fut délaissé et oublié.

 Aux environs de 1930, deux potiers Toyoso Karakawa et Tucuro Kato ont re-découvert les poteries shino. Ils ont décidé d’en refaire. Ce shino moderne fut nommé shino shotta.

 

Quand Rizü Takahashi arriva en France en 2004, il rencontra Pascal Geoffroy et Patricia Cassonne  qui faisaient du shino. De la même façon, quelques années plus tôt lors d’un voyage aux USA, il avait rencontré un spécialiste américain du shino.  Rizü Takahashi s’étonna et pensa « ce n’est pas çà le shino ». Il a demandé alors à ces potiers « Pourquoi la France a-t-elle besoin du shino ? » Les 2 français lui racontèrent avoir eu le coup de foudre pour cette technique lors d’une exposition de céramiques shino à Paris. Ils n’avaient jamais vu une technique pareille et ils décidèrent d’en faire aussi.

 La question reste : « Quel serait le shino adapté à la France d’aujourd’hui ? » Trouver un nouveau shino, un shino moderne qui ait un sens. 

                                

                                             Méditez là-dessus

 

                                                     Rizu Takahashi-20

               bouteille de saké shino japonais Rizü Takahashi bouteille de saké shino japonais bleu Rizü Takahashi petit vase shino japonais R Takahashi

4 photos de 4 shinos différents réalisés au Japon par Rizü Takahashi avant sa venue en France.

 

En arrivant en France, Rizü Takahashi n’avait aucune raison de faire du shino. Pascal Geoffroy a insisté pour qu’il en fasse et il en a fait. Mais, ce qu’il aime, c’est la cendre naturelle.

                                                     rizu--cha-03sml        

                                         Chawan cendres naturelles Rizü Takahashi          

 Il est bon, en tant que potier intéressé par le shino, d’avoir une réflexion sur l’artiste que l’on est.

 Il y a 3 façons de pratiquer son art.

                     1 – Vouloir être au top, être précurseur, découvreur.

                     2 – Continuer la tradition sans rien changer. 

                     3 – Faire évoluer cette tradition.

 

L’important c’est de choisir à partir de ce que l’on a au fond du cœur : quel shino vais-je faire ?

    1   Chawan shino Rizü Takahashi 2 Shino et noir 1000 3 Chawan shino rouge Rizü Takahashi 1000

1 - Chawan shino de Villaudric Rizü Takahashi France 2011

2 - Chawan shino avec métal Rizü Takahashi France 2012

3 - Chawan shino rouge Rizü Takahashi France 2011

                                                  

                 

                                wabi sabi  

 

Ceci est le résumé des propos de Rizü Takahashi qui, depuis quelque temps, ressentait l'envie de préciser sa perception  personnelle de ce concept japonais si original pour les occidentaux.

 

 

Cette notion de wabi sabi est de plus en plus employée en Europe comme une idée japonaise qui parle d'esthétique, d'humilité, d'harmonie et  d'éphémère. C'est magnifique et très enrichissant pour nous occidentaux qui, culturellement allons souvent vers le plus riche et le plus clinquant.

 

 

   

Le wabi sabi est en fait la clef de la philosophie japonaise.

Au Japon, le wabi sabi est tellement intégré à la façon d'être et de pensée que Rizü ne pensait pas en détacher l'idée de la vie quotidienne.

Wabi sabi : ces 2 mots, deux concepts, résonnent presque comme un pléonasme.

Le mot wabi, wabishi, parle de l'abandon définitif, de la perte de quelqu'un ou de quelque chose, de la solitude amenée par un deuil.

Le mot sabi, sabishi, parle de la séparation momentanée de quelqu'un ou quelque chose.

Il s'agit bien d'un état d'esprit lié à l'impermanence, à la perte, à la disparition possible de toutes choses.

Ce mot wabi sabi parle de la façon dont on définit la beauté au Japon. Par exemple, prenons le cas des fleurs. Leur floraison magnifique n'est pas permanente et va disparaître. Ceci les rend intéressantes. Si elles étaient immortelles, elles deviendraient alors banales. C'est leur côté éphémère qui leur donne la beauté.

                                 Pleine_lune_4

Autre exemple :la pleine lune. Au Japon, on ne la contemple pas directement. Son rond de lumière est trop parfait. On admire la pleine lune à travers l'ombre d'une branche ou, au plus simple, à travers l'éventail dessiné par ses doigts écartés. On créé de l'ombre sur le rond parfait de la lumière lunaire. Ainsi, ce qui échappe à notre vision  provoque et sublime notre imagination. En effet, quand on regarde quelque chose qui s'offre dans son intégralité, dans toute sa perfection, on ne peut pas en avoir une autre vision, on est dans un consensus obligé.

C'est l'imagination qui offre la perfection.

Vase ( 35 cm) de Rizü Takahashi. L'éclatement de ce vase lors de la cuisson est cadeau offert par le feu. Il provoque le respect. Loin d'être considéré comme cassé, ce vase a acquis une valeur supplémentaire. 

                              2009_1200

 

Wabi sabi parle donc d'abord de solitude, de perte et d'abandon. Ce mot, à connotation négative est en fait très positif. On pourrait faire le parallèle avec le mot français sympathique qui, étymologiquement veut dire "souffrir avec" mais qui au final signifie "partager les mêmes sentiments".

Au XII sciècle, malgré la richesse de Kyoto alors capitale du Japon,c'est dans cette ville qu'on construisit le premier pavillon de thé.Cette construction est un bel exemple du wabi sabi en affichant une grande simplicité, une vraie modestie. Tout en étant impeccable dans sa réalisation, le pavillon de thé n'est pas impressionnant. Il est plus proche d'une cabane qu'on pourrait déplacer que d'un bâtiment officiel.shoyoennikkopavillondetlu6

 

Le wabi sabi s'accommode de toutes les dégradations dues au temps. Il s'agit toujours d'humilité avec l’acceptation de la décrépitude des choses, voir de leurs salissures. Le Wabi sabi manifeste aussi une légère mélancolie...

 

Quelle est l'origine du wabi sabi ?

 

On pourrait parler d'une non origine précise tant le wabi sabi est inhérent à l'âme japonaise.

Il y a très longtemps, quand la mer du Japon (ou de Chine selon...) n'était pas là pour séparer l'île du Japon de la Chine, de la Corée et de la Russie, leurs populations regardaient cette bande de terre au bord du pacifique comme un paradis. De climat tempéré, cette région du bout du monde leur semblait idéale, très agréable pour y vivre.

Des migrants de ces trois pays vinrent donc s'y installer et formèrent ainsi l'origine du peuple japonais. En même temps, ces nouveaux habitants adoptèrent tout de suite un état d'esprit pacifique. Ils intégrèrent l'harmonisation de tous par la paix.

 

Les japonais ont un côté craintif, un peu comme des hommes devant de très belles femmes qui les attirent et dont ils ont, à la fois, un peu peur. Donc, ils restent toujours un peu en retrait devant la beauté trop sublime de quelque chose. Ils se sentent plus à l'aise devant quelque chose d'humble, de pas imposant, surtout pas clinquant.

 

Le wabi sabi, c'est le contraire de l'ostentation. Au Japon, il est mal vu de se mettre en avant. On écoute d'abord les autres avant de d'oser exprimer un opinion personnel.

 

 

 

(Merci à Claude Yoshizawa pour sa traduction et ses mises en parallèle avec la langue française.)

 

.................................................................................................................................................................

..........................................................................................................................................................

..............................................................................................................................................................

............................................................................................................................................................