Rizu

Un artiste céramiste japonais nouvellement arrivé à Villaudric dans le sud de la France.arts traditionnels japonais, art contemporain.

07 avril 2009

Texte de J R Geyer sur la cuisson de février 2009

Pour cette cuisson, nous avons eu la chance et le plaisir d'être accompagnés par Jean Roger Deyer. Cet écrivain, arrivé d'abord comme un simple visiteur curieux, a été complètement emporté, dépassé, par cette aventure tellurique. Voici cinq extraits du texte flamboyant qu'il nous a offert.

 

                                         " Là où la terre s'offre à l'étreinte du feu"

                                                                      à Rizü Takahashi

1

D'abord c'est la terre uniquement seule, dans la masse de son silence qu'on sent rivée à une attente, à quelque chose d'imminent et de fort mais qu'on n'imagine pas, qui ne laisse rien voir sauf une gueule obturée par une porte en fer quelques trous carrés dans sa panse et sur le côté un rectangle taillé dans l'ombre et au fond une cheminée en briques carrées peu élancée mais assez haute, ni voir ni entendre. Seule ai-je dit sans que rien ne donne une idée de ce qui se prépare se fomente dans le secret du lieu, tout en sachant qu'il va s'agir là dans la fosse et à même son ventre d'une sorte d'accouplement aussi étrange et violent que ceux qui font trembler les arbres et la terre des pachydermes ou qui brassent la mer des grands cétacés.

Si un tel évènement est comparable dans l'esprit se sera immobile et d'abord en silence pénétrant dans la terre intime comme on le sent déjà, des jours et des nuits durant comme çà été dit, là où la terre s'offre à l'étreinte du feu aussi bien dit noces.

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2

Le premier feu que je mets dans mes mains à l'invite du maître avec deux autres qui d'abord couve par en bas au tout début, que je lance avec un bout de papier avant que s'embrasent les lattes, au tout début du feu qui des jours et des nuits durant en silence d'abord puis prenant volume et force va lâcher par deux orifices ses cornes égales, deux langues ébréchées par l'air, dans un faible murmure une respiration à tel point que le ventre s'ouvre par endroit se veine cherche des failles quand parvenu à un haut degré le feu en ravage les voûtes et les flancs et qu'au lieu de bercer par sa rumeur gronde mais contenu gardé dans la panse de terre crue ne pouvant s'échapper que par les orifices déjà ouverts, autorisés.

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Ce que je sens quand je quitte les lieux comme étant arraché de l'endroit y cherchant aveuglement naissance ou amour à venir, peut être femme conscient qu'une fois en allé il faut que je revienne. Je reviens. Je me tasse là où j'aime être. Je salue les uns et les autres qui ne sont plus seulement femmes ou hommes mais servants du feu dont le discours lui aussi change de matière pour se transfigurer, allant à l'essentiel des choses, comme étant commandé au point d'en consumer le sens pour le faire renaître. Des mots sont dits mais ils sont différents. La langue ordinaire ne suffit pas au sens. Tout se charge et se simplifie. Étant aussi authentifié.                                                          

4

Tout devient sage et simple même moi et la nuit nous rassemble. Le feu continue malgré lui dans sa cage de terre, fait le doux bruit d'un vapeur qui avance. P1160816Il semble cadencé après être monté et descendu selon un rythme nécessaire. 31_Photo_Claude_Maurech_1000Je bats aux mêmes pulsations et sens que mon esprit s'apaise et ma pensée s'allège pour n'être qu'une branche dans le taillis de mes multiples interrogations ou un pas qui mène je ne sais où.

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J'attends mais d'une attente fertile. Je regarde le soir venu presque la nuit après que le feu a cessé, du moins son alimentation, qu'il commence son déclin. Assis au bord de la fosse rassemblé comme étant plié bras et genoux et seul, le maître qui visiblement s'interroge en lui-même qui se demande ce que le feu a fait et comment telle terre a viré comment tel rouge ou tel noir s'est révélé. Je le vois s'interroger et sais de quelle fibre sa pensée est faite. Je sens sa relation (sa paternité ?) entre les objets qu'il a tourné de ses mains et ce qu'en a fait le feu qui lui a succédé.

L'attente au long des jours et des nuits qui planait devient palpable, imminente avant que le four qui maintenant est obturé jusqu'aux moindres fissures, claquemuré de terre fraîche soit rouvert, que son flanc s'épanche sur chaque pièce défournée en allant de la main à la main, passant de la nuit du four au jour venu, tournée cette fois par un jeu d'ombre et de lumière.

                                                  Jean Roger Geyer

                                                               8 mars 2009



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